Danse dans les Nymphéas : Trisha Brown Dance Company

Trisha Brown : In Plain Site, duos et quatuors

Avec In Plain Site, la compagnie s’affranchit des contraintes de la scène pour réinvestir des espaces  inattendus, établissant une résonance particulière entre l’architecture de chaque bâtiment et les corps en mouvement. La compagnie Trisha Brown relance ainsi la force et la simplicité aiguisée des premières performances de la chorégraphe : entre structure et liberté, cette série pour les salles des Nymphéas comprend une sélection des pièces in situ comme Locus (solo) Newark (extrait-solo), Working Title (extrait-solo), Another story as in Falling (extrait-2 à 4 danseurs). Un observatoire de premier plan pour l'œuvre d'une des immenses figures de la scène contemporaine.
Cette danse, dont les principes structurels restent indiscernables, semble naturelle et permet de saisir directement la vitalité exubérante, sereine et lumineuse de la danseuse et l’exceptionnelle fluidité des mouvements directionnels qui restent la formule magique de la chorégraphe.
Trisha Brown reste sans conteste la figure de proue de cette communauté d’esprit qui a tracé de nouvelles voies à partir d’expérimentations menées hors des théâtres.

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Trisha Brown Dance Company, "Geometry of Quiet", photo © Musée d'art moderne de la Ville de Paris

Le programme de pièces courtes, In Plain Site fait écho à  la démesure de l’architecture de la ville de New York qui entrait alors directement dans la création artistique en suscitant d’autres espaces, d’autres  rythmes, d’autres échelles. La danse et sa structure, visibles et très simples, inventaient et donnaient alors à voir un nouvel équilibre, une force organique essentielle et jubilatoire. Ainsi d’Accumulation (1971), un solo plein d'esprit et désormais légendaire, basé sur un procédé simple : l'ajout d'un geste à un autre, un à la fois, et la répétition de la phrase augmentée par chaque nouveau mouvement. Pour Locus solo (2000), une pièce d'action continue, l’action est basée sur une série ordonnée de mouvements dans un espace compartimenté…
Trisha Brown voulait analyser, tracer l'espace immédiat autour de son corps en une tentative de comprendre le style insaisissable de son mouvement pour l'enseigner aux autres.
In Plain Site permet d’établir une connexion intime avec le spectateur et fait percevoir qu'avec Trisha Brown, la danse, c'est toujours ici et maintenant, un processus continu et une présence qui offre les traces de son propre passé et de son propre avenir. Ce programme de danses incite également à s'interroger sur le sens spécifique des pratiques qui abordent la temporalité et la recréation. Pour Diane Madden et Carolyn Lucas, les proches collaboratrices de la chorégraphe qui sont aujourd’hui à la tête de la Trisha Brown, l’avenir de la compagnie repose dans l’exploration et l’exposition des relations entre les Early Works et les pièces scéniques, l’essentiel étant bien  de continuer à montrer l’œuvre de Trisha Brown dans toute son ampleur.

Biographie
Danseuse et chorégraphe emblématique du courant post moderne à qui l’on doit près d’un demi siècle de création, Trisha Brown, qui a fasciné et influencé plusieurs générations de spectateurs et de danseurs, s’est éteinte aux États-Unis en 2017, à l’âge de 80 ans. D’une vitalité exubérante et lumineuse, son œuvre multiple est liée à l’aventure radicale de la scène new yorkaise à laquelle l’artiste participe au début des années 1960.
Au sein du Judson Dance Theater, elle mène ses expérimentations performatives aux côtés de plasticiens et danseurs qui combinent leurs processus de création : Steve Paxton, Yvonne Rainer, Simone Forti, Lucinda Childs, Robert Rauschenberg, Robert Morris, Charles Ross ou encore Carolee Schneemann…  Formée à la modern dance, avant d’expérimenter ce qu’elle appelle l'improvisation structurée "parce qu’elle vous situe dans l’espace avec son volume", Trisha Brown découvre l’atelier en plein air d’Anna Halprin à San Francisco, l’été 1960, avant de s'installer à New York où elle suit la classe de composition de Robert Dunn au studio de Merce Cunningham. Le principe de la plupart des exercices de cet ancien élève de John Cage et admirateur du Bauhaus était la notation écrite ou dessinée lors du processus de composition. Avec  Robert Rauschenberg, Simone Forti, Robert Morris, Yvonne Rainer, Steve Paxton, David Gordon, Deborah et Ale Hay notamment, elle participe bientôt au Judson Dance Theater, creuset de la postmodern dance et des expériences croisées entre arts plastiques et chorégraphiques. En 1970, elle fonde sa compagnie, tout en faisant partie du collectif d'improvisation The Grand Union. Elle développe longuement sans musique et dans des espaces inhabituels des recherches toujours empreintes d'humour sur la pesanteur, la verticalité, le poids, la vitesse, la répétition, l'accumulation, la construction géométrique et la perception de la danse… Les essais (Early works) se succèdent sur les bancs et les pelouses de Central pour remettre à plat les lieux communs puis dans des parkings, des galeries et des lofts et sur des radeaux dérivant sur l’eau. Ainsi Accumulation est une somme de mouvements partant du poignet qui enclenche par répétition, le mécanisme du corps tout entier, à l’horizontale. Line up est un travail sur la ligne, une élaboration de structures répétitives et de changements de directions ou de rythmes qui entraînent des ruptures d’énergie. Locus, où chaque danseuse, se déplace dans son propre espace pensé comme un cube, donne à voir un volume imaginaire. Avec Planes, Trisha Brown inaugurait les "danses d’équipement" où défiant l’amplitude des gestes, sollicitant des parties du corps inhabituelles, elle inventait un nouvel équilibre, un nouveau mouvement. Dans Man walking Down the Side of a Building, sur la façade d’un immeuble, le déplacement à l’horizontale du danseur équipé d’un harnais exige de lui une puissance athlétique hors du commun. Trisha Brown est ensuite passée  à la scène du théâtre, y a poursuivi ses explorations avec notamment Robert Rauschenberg, Donald Judd et Laurie Anderson en ajoutant organiquement, le décor, la musique, l’écriture chorégraphique… Elle laisse derrière elle près de cent pièces, six opéras et une œuvre plastique. Invitée régulièrement à se produire au Festival d’Automne et à Montpellier Danse, plusieurs des chefs - d’œuvres de la chorégraphe sont également entrés au répertoire des ballets de l’Opéra de Lyon, de l’Opéra de Paris et du  CCN -  Ballet de Lorraine.