Soutine / De Kooning

Exposition du 6 octobre 2020 au 25 janvier 2021

"I’VE ALWAYS BEEN CRAZY ABOUT SOUTINE - ALL OF HIS PAINTINGS"
W. de Kooning

Le grand tournant de l’œuvre de Willem de Kooning (1904-1997), celui du grand chantier pictural des Woman, s’est opéré alors que le peintre convoque et se confronte à l’univers artistique de Chaïm Soutine (1893-1943). Découvrant ses tableaux dès les années 1930, puis à la rétrospective du MOMA de 1950 et enfin lors de sa visite à la Fondation Barnes avec sa femme Elaine, en juin 1952, l’artiste américain construit un expressionnisme, entre figuration et abstraction, singulier.
Soutine a en effet compté pour la génération des peintres d’après-guerre, par la force expressive de sa peinture et sa figure d’"artiste maudit", aux prises avec les vissicitudes et les excès de la bohême parisienne. Son œuvre a été particulièrement visible aux États-Unis entre les années 1930 et 1950. Une exposition lui est consacrée dès 1923 par le Docteur Barnes, qui vient d’acquérir, sur les conseils de Paul Guillaume, des dizaines d’œuvres de l’artiste pour sa fondation à Philadelphie. Alfred Barr présente en 1930 au Museum of Modern Art de New York dans Peintures parisiennes dans les collections américaines plusieurs œuvres de Soutine, aux côtés de peintures de Matisse et Picasso. Enfin, une série importante d’expositions se tiennent en 1936-37 dans des galeries américaines (Valentine Gallery, Bignou Gallery…) et l’intérêt pour le peintre ne se tarit pas outre-Atlantique jusqu’à sa consécration, après sa mort, par la rétrospective du MoMA de 1950. Son œuvre y est présentée comme un précédent à l’American Painting - l’artiste, perçu comme "prophète", héraut de l’expressionnisme abstrait.
De Kooning, mieux qu’aucun autre, a su y déceler la tension entre deux pôles apparemment opposés, une recherche de structure, doublée d’un rapport passionné à l’histoire de l’art, et une tendance prononcée à l’informel. L’œuvre de Soutine a ainsi constitué une pierre de touche dans la recherche singulière de de Kooning, une piste conduisant à une "troisième voie", qui chercherait à se dégager de l’antagonisme art figuratif / art abstrait sur lequel le critique d’art Clement Greenberg, notamment, fonde alors ses théories. 
L’exposition mettra en dialogue les univers singuliers de ces deux artistes au travers d’une cinquantaine d’œuvres articulées autour de thématiques essentielles : tension entre la figure et l’informe ; peinture de la chair (fleshiness) ; figure et paysage ; l’atelier…, mais aussi de moments-clés de cette histoire : la rétrospective Soutine au MoMA en 1950, la visite de de Kooning à la Fondation Barnes en 1952.

Cette proposition, la première sur ce sujet, s’inscrit dans la ligne de programmation d’expositions temporaires que porte le musée de l’Orangerie autour de sa collection, notamment autour de celle de Paul Guillaume à la suite d’Apollinaire. Le regard du poète (2016), de Dada Africa, sources et influences extra-occidentales (2017), de Giorgio de Chirico. La peinture métaphysique (2020) et rejoint la question de la réception américaine, faisant suite à Nymphéas. L’abstraction américaine et le dernier Monet (2018).

L’exposition est organisée conjointement avec la Fondation Barnes de Philadelphie qui détient le deuxième plus grand fonds Soutine après le musée de l’Orangerie, constitué sur les conseils de Paul Guillaume, marchand de l’artiste et conseiller du Docteur Barnes. Elle bénéficie du soutien de la Fondation Wilhelm de Kooning, New York et de la Terra Foundation.

Exposition présentée à la Fondation Barnes de Philadelphie du 7 mars au 6 juin 2021

Commissariat
Claire Bernardi, conservatrice au musée d’Orsay
Simonetta Fraquelli, commissaire pour la Fondation Barnes