Danse dans les Nymphéas : Myriam Gourfink

Glissements, pièce pour quatre interprètes et deux musiciens

Myriam Gourfink, proposition chorégraphique
Kasper T. Toeplitz, composition de la musique
Carole Garriga, Deborah Lary, Azusa Takeuchi, Véronique Weil, danse

Avec le Festival d’Automne à Paris


Avec Glissements conçu par Myriam Gourfink pour les salles des Nymphéas, le mouvement glissé au sol et dans l’air se développe lentement dans un flux continu et invite à percevoir l’œuvre du dernier Monet comme un véritable environnement qui donne l’illusion d’une expansion constante et d’un tout sans fin.

Immergées dans les salles des Nymphéas comme dans la musique live de Kasper T. Toeplitz, quatre danseuses glissent, roulent et ondulent simultanément dans un temps continu, tout en lenteur et détachement. Cherchant l’espace et initiant la motricité, elles donnent à voir volumes, lignes courbes et brisés à travers une chorégraphie qui se déploie et se recompose sans cesse dans ce qui est à peine saisissable ou perceptible mais qui, cependant, est traversé par des vibrations, des nuances et des intensités. Selon Myriam Gourfink, la création commence au moment où un point est mis en mouvement. Ce mouvement se développe alors dans un continuum contrôlé et guidé par l’art de respirer et de composer propre à la chorégraphe. C’est en choisissant les composants du mouvement, c'est-à-dire les petites unités permettant d’évaluer précisément les facteurs : poids, temps, espace, flux, qu’elle formalise l’écriture chorégraphique qui vient cerner le langage corporel spécifique à chacune de ses pièces. Avec Glissements, s’invente une partition ouverte et un espace-temps sensoriel qui, élargissant la perception et résonant avec les Nymphéas, rend visible la danse comme un infini contenu dans le fini.

Extrait de l’entretien Myriam Gourfink - dossier de presse du Festival d’automne à Paris

Avec la musique du compositeur Kasper T. Toeplitz, vos chorégraphies forment un continuum devenu votre signature. Que recherchez-vous avec cette danse qui semble avoir lieu dans l’infra-mince, pour reprendre le terme inventé par Marcel Duchamp ?

Myriam Gourfink. Initiée aux techniques respiratoires du yoga d’une manière intensive, je me suis permise de les déployer dans un mouvement libre, dans une danse qui s’est de fait ralentie mais qui respire à l’écoute du mouvement de vie. Elle se donne à voir de façon presque imperceptible et se déroule dans une extrême lenteur. Avec ma grand-mère conteuse j’ai encore appris à être dans le temps, à ne pas compter le temps, car avec elle  le temps du conte c’était le temps qu’elle avait. Si elle avait trois ou quatre heures le mercredi après - midi, on partait avec elle, mes sœurs et moi avec nos goûters à travers champs, et on rentrait à la maison quand l’histoire était finie. Ainsi ma mère ne savait jamais quand nous allions rentrer.
On retrouve cette idée de flux dans l’immobilité aussi bien dans le yoga tibétain que chez Laban à travers son idée de ce qu’il appelle "l’effort". C’est aussi pour cela que j’aime tellement les blocs sonores de la musique noise et que le jeu du compositeur Kasper T. Toeplitz qui génère la musique en temps réel dans un temps continu m’influence autant. C’est aussi amusant de voir le groupe Vomir présenter ses concerts dans une posture complètement immobile et de façon très dadaïste avec sa musique qu’il appelle un mur de son. Cette notion qui m’interpelle depuis la fin des années 1990 me semble très importante aujourd’hui dans le sens où elle amène le détachement, la distanciation qui par rapport au monde d’aujourd’hui est éthiquement une valeur clé. La contemplation est nécessaire. Ce sont les sens qui vont être un outil d’exploration du monde et on est alors obligé de les raffiner à l’extrême pour aller sentir des choses, produire la différence, habiter l’écart. En découle une autre vision des formes présentes et de l’expérience sensible. L’expérience de et dans l’environnement est inséparable de valeurs, celles qui font se conjuguer "émotionnel et cognitif" en une unité évidente. Le traitement de l’espace chorégraphique témoigne de cette mouvance interne car il s’agit toujours de transition, de passage et de transformation, qui donne l’illusion d’une expansion constante et d’un tout sans fin.

Propos recueillis par Isabelle Danto

 

Biographie

Danseuse et chorégraphe née en 1968, elle crée l’association LOLDANSE en 1998 dans le but de participer au développement de la danse et de la musique contemporaine, en plaçant au cœur de sa pratique, les techniques respiratoires du yoga et l’apport de nouvelles technologies.Les techniques respiratoires du yoga fondent la démarche de Myriam Gourfink. L’idée est de rechercher la nécessité intérieure qui mène au mouvement. Ayant étudié la Labanotation avec Jacqueline Challet Haas, elle a entrepris à partir de ce système une recherche pour formaliser son propre langage de composition. Chaque chorégraphie invite l’interprète à être conscient de ses actes et de ce qui le traverse. Figure de proue de la recherche chorégraphique en France, mais également invitée par de nombreux festivals internationaux (Springdance à NYC, Künsten festival des arts à Bruxelles, Festival de La Bâtie à Genève, Festival Danças Na Cidade à Lisbonne, etc.) Myriam Gourfink a été artiste en résidence à l’IRCAM en 2004-2005 et au Fresnoy-studio national des arts contemporains en 2005-2006. De janvier 2008 à mars 2013 elle a dirigé le Programme de recherche et de composition chorégraphiques (PRCC) à la Fondation Royaumont, et de 2012 à 2014 a été artiste en résidence au Forum de Blanc-Mesnil et soutenue par le conseil général de Seine-Saint-Denis. En 2016, elle est accueillie en résidence de saison à Micadanses. En avril 2019, Danseuse et chorégraphe née en 1968. Les techniques respiratoires du yoga fondent la démarche de Myriam Gourfink. L’idée est de rechercher la nécessité intérieure qui mène au mouvement. Ayant étudié la Labanotation avec Jacqueline Challet Haas, elle a entrepris à partir de ce système une recherche pour formaliser son propre langage de composition. Chaque chorégraphie invite l’interprète à être conscient de ses actes et de ce qui le traverse. Figure de proue de la recherche chorégraphique en France, mais également invitée par de nombreux festivals internationaux (Springdance à NYC, Künsten festival des arts à Bruxelles, Festival de La Bâtie à Genève, Festival Danças Na Cidade à Lisbonne, etc.) Myriam Gourfink a été artiste en résidence à l’IRCAM en 2004-2005 et au Fresnoy-studio national des arts contemporains en 2005-2006. De janvier 2008 à mars 2013 elle a dirigé le Programme de recherche et de composition chorégraphiques (PRCC) à la Fondation Royaumont, et de 2012 à 2014 a été artiste en résidence au Forum de Blanc-Mesnil et soutenue par le conseil général de Seine-Saint-Denis. En 2016, elle est accueillie en résidence de saison à Micadanses. Sa dernière création Glissement d’infini a été créée au Centre Pompidou le 12 avril 2019.